RachmaninovTranscription de la Partita N° 3 en mi majeur pour violon seul BWV 1006 de J. S. Bach
Moments Musicaux, opus 16
'Lullaby' - Transcription de 'Lullaby' de Tchaikovsky, N°1 des 'Six Songs', opus 16
'Lilacs' - Transcription de N°5 des 'Twelve Songs', opus 2
Variations sur un thème de Corelli, opus 42

Elena Rozanova, piano


Enregistré à   Studio Tibor Varga, Sion, Suisse, Juin 2005
Piano Steinway
Accords Joël Jobé
Ingénieur du son, direction artistique, montage, mastering Frédéric Briant, Musica Numeris
Design le monde est petit
Image Schoolchildren Cross-Country Ski on the Frozen Tura River, Siberia © Dean Conger / CORBIS. Elena Rozanova - Eric Manas


Revues de presse‘Mystère, lyrisme, virtuosité folle, tout est là décidément, même ce que l’on ne connaissait pas chez ce compositeur : une sensualité débordante, un souffle d’abandon que l’on confond parfois avec l’ombre d’un regard…Assurément, l’un des plus beaux disques de piano de l’année.’
www.arte.tv - Mathias Heizmann
 
'...Ce sont des interprétations impressionnantes... Même quand Rachmaninov lance ses plus redoutables défis techniques, la réaction de Rozanova est d'un calme et d'une confiance exceptionnel : le torrent de notes qui se déchainent dans le 4e 'Moment' est sensationnel - passionné mais contrôlé et jamais gratuit.... Elena Rozanova est une musicienne au service du compositeur et qui de plus a le bonheur de posséder une personnalité, une classe et un esprit pénétrant. C'est un mélange vertigineux et judicieux, qui donne envie de l' entendre plus encore.' Colin Anderson, International Piano Magazine, juin 2006
 
'Après une apparition remarquée au Festival de La Roque d'Anthéron en 2003... Elena Rozanova nous propose un remarquable programme Rachmaninov... Les interprétations de Rozanova sont aussi expressives que techniquement maîtrisées. Une artiste à suivre de près !' John Tyler Tuttle, Le Monde de la Musique, juillet - août 2006


Texte du livretÀ l'inverse de ses succès comme pianiste et chef d'orchestre, la réputation de Rachmaninov comme compositeur a connu des hauts et des bas. Quelles que soient la tendance de la critique musicale du moment ou la brutalité des revirements qui ont changé nos points de vue sur la société ou sur l'art, il semble qu'on n'ait jamais tranché la question de savoir si Rachmaninov avait sa place parmi les compositeurs de première grandeur. On ne peut douter que ses fabuleux dons d'interprète aient influencé les aspects techniques de son style d'écriture, et c'est particulièrement évident dans ses compositions pour orchestre postérieures à 1910, lorsque ses activités de direction se sont multipliées ; mais ces dons ont aussi toujours fortement contribué à façonner les caractéristiques de sa musique pour piano. Cet aspect est admirablement illustré par les œuvres originales enregistrées ici, même si, éloignées les unes des autres par leurs dates de composition, elles correspondent à des attitudes fondamentalement différentes.

L'influence de ses aptitudes techniques telle qu'on peut la ressentir dans ses propres œuvres se remarque encore davantage dans les transcriptions qu'il a faites de celles d'autres compositeurs, où les idées originales des auteurs sont soumises à l'approche à la fois pratique et créative qu'en avait Rachmaninov à l'écoute de sa propre sensibilité. Nous avons la chance de posséder encore un choix très divers de ses arrangements d'œuvres d'autres compositeurs, en plus de ceux qu'il a faits des siennes propres, ce qui nous offre un aperçu révélateur de l'interaction entre ses talents de pianiste et sa sensibilité d'artiste.

La première place parmi ces transcriptions revient certainement à la suite des trois mouvements extraits de la Partita n o  3 en mi majeur pour violon seul de J. S. Bach, le prélude, la gavotte en rondeau et la gigue. Par comparaison avec la transcription pour clavecin de Bach lui-même, et avec la transcription partielle qu'en a fait Saint-Saëns pour le piano, la version de Rachmaninov est très libre à bien des égards, liberté qui n'est pas au goût de tout le monde. Tout en gommant la dimension contrapuntique de la ligne originale, il enrichit la texture de quantité de contrepoint et de chromatisme de son cru ; on reconnaît souvent la patte de Rachmaninov dans le style particulier de cette expansion musicale, par exemple vers la fin du prélude. Ayant mis la première main à ce travail en 1933 au cours de son long exil en Amérique, période au cours de laquelle ses activités de compositeur se sont presque entièrement effacées derrière les exigences de sa carrière de virtuose itinérant, il n'a à cette époque publié et joué que le seul prélude. Il est clair qu'il n'était alors pas satisfait de la gavotte et de la gigue, et la suite complète ne fut finalement publiée qu'en 1941.

Bien avant l'exil imposé par les événements politiques retentissants de la Russie de 1917, Rachmaninov avait été l'étoile montante des cercles musicaux de Moscou, et ses Six Moments musicaux pour piano (op. 16) datent de cette époque. Cette œuvre remonte en fait à 1896, lorsqu'il attendait la première de sa symphonie n o  1, et on peut donc la rattacher à ses débuts de compositeur, débuts si dramatiquement interrompus par l'affreux échec de sa symphonie lors du premier concert. On a beaucoup écrit sur les conséquences de cet événement, mais il reste une controverse sur l'effet essentiel qu'il a pu avoir par la suite sur son approche esthétique. On affirme quelquefois que les qualités les plus extraordinairement originales du compositeur ont été définitivement étouffées par le traumatisme de l'échec de sa première symphonie, idée à laquelle Rachmaninov semble avoir lui-même souscrit si l'on en croit sa muse d'un temps, la poétesse américaine Marietta Shaginian. Les Moments , représentent donc, à bien des points de vue, les qualités que l'on associe à ses premières œuvres en général, et à sa première symphonie en particulier. Il y a de nombreux passages d'un lyrisme intense (n os 1 et 5), d'emphase et d'affirmation de soi (n os  2, 4 et 6), mais avec une tendance à la répétition obsessionnelle (n os  4 et 6) et à quelque chose d'indéfini dans la forme (n os  1 et 3). L'extravagante virtuosité et la complexité de texture de ses pièces pour piano allaient néanmoins se retrouver encore assez longtemps dans un grand nombre de ses compositions à venir.

La dernière transcription de Rachmaninov, sa toute dernière œuvre musicale en réalité, est celle qu'il a faite de la Berceuse de Tchaïkovski (la première des Six Chansons , op. 16). La relation entre ces deux grands personnages est très profonde, et évidente si on se place du point de vue de Rachmaninov. L'influence et les conseils de Tchaïkovski, héros de la jeune génération de compositeurs de son temps, ont été essentiels pour Rachmaninov au début de sa carrière. Tchaïkovski, en vérité, avait eu l'intention de parrainer le travail de son jeune collègue à l'occasion d'une tournée européenne, mais il en fut empêché par une mort précoce qui inspira à Rachmaninov son Trio élégiaque (op. 9), dédicacé “à la mémoire d'un grand artiste”. Il y a quelque chose d'émouvant dans le fait que Rachmaninov, ayant tenté de sa propre initiative une réduction de la Symphonie Manfred à l'âge de treize ans, se voie demander pour sa première commande en 1890 une transcription pour piano de La Belle au bois dormant de Tchaïkovski (entreprise guère couronnée de succès), et que ses derniers efforts en 1941 aient aussi été au service de son mentor.

Malgré le nombre important de chansons qu'il a composées, il n'en a transcrit que deux pour le piano. Lilas est à l'origine la n o  5 de Douze Chansons (op. 9) et date de 1902, en pleine renaissance créative du compositeur après la période d'apathie et d'inactivité qui a suivi l'épisode désastreux de sa première symphonie. Parmi les œuvres de cette période il y a la Suite n o  2 pour deux pianos (op. 17), le Concerto n o  2 pour piano et orchestre (op. 18), et la Sonate pour piano et violoncelle (op. 19), qui révèlent un compositeur en pleine possession de son génie créateur. Contrepoint sentimental au succès que rencontre Rachmaninov à cette époque, aussi bien auprès du public que de la critique, il épouse sa cousine Natalya Satina en avril 1902, le mois même où il compose Lilas . Le côté moins romantique de l'événement est qu'il doit se dérouler dans des baraquements militaires, parce que les jeunes mariés sont non seulement peu pratiquants mais aussi cousins germains ; or la loi canon de l'église orthodoxe russe n'autorise pas de tels mariages. Malgré tout, par faveur spéciale, la cérémonie a lieu dans une chapelle de l'armée où les prêtres ne répondent qu'à l'autorité militaire et pas au synode orthodoxe ! La transcription de Lilas date de 1914.

Les Variations sur un thème de Corelli (op. 42, 1931) sont la dernière œuvre originale de Rachmaninov pour piano seul, et en fait sa seule œuvre de ce genre depuis son départ de Russie en 1917. Sa sensibilité et sa technique musicales se modifient notablement pendant cet exil, comme on peut le voir ici dans les textures plus claires, plus économes, dans l'élimination de motifs décoratifs inutiles et des détails contrapuntiques d'une trop grande densité. La même année, dans le même état d'esprit, il corrige substantiellement sa Sonate pour piano n o  2 (op. 36), et, faut-il le préciser, avec un résultat qui exige du pianiste des efforts tout aussi gigantesques que la version précédente. Souvent considérées comme un travail préparatoire à la célèbre Rapsodie sur un thème de Paganini , (op. 43 de 1934), les variations Corelli sont une belle réussite en elles-mêmes, et occupent un place à part dans l'œuvre de Rachmaninov. On trouve rarement ailleurs dans ses autres compositions une telle impression de détachement, de retenue, qualités qui peuvent se révéler d'une profonde expressivité lorsque la sensibilité sous-jacente émerge malgré elle. Ainsi, de l'intérieur même des limites que se donne le thème baroque, émerge quelque chose de riche, d'obscurément grave et ambivalent. Sur le plan formel, l'adoption d'une structure de base en trois parties rappelle les Variations sur un thème de Chopin (op. 22) et annonce la Rapsodie Paganini. Le premier “mouvement” présente le thème en ré mineur suivi des variations 1 à 13 ; cette section elle-même se subdivise en trois : les variations 1 à 4 sont relativement retenues, de 5 à 7 elles sont plus vigoureuses sur le plan rythmique, et de 8 à 13 elles progressent vers un paroxysme, d' adagio misterioso à agitato . Après un intermède virtuose, le mouvement commence en ré bémol avec une ré-exposition du thème en majeur (var. 14), puis la variation 15 constitue le palier de repos à mi-parcours. Les variations 16 à 20 retrouvent la tonalité de ré mineur et comportent le point culminant suprême et final de l'œuvre, suivi d'une apothéose terriblement efficace et assez troublante en guise de coda. Le manque permanent de confiance en lui et sa sensibilité à la critique ont conduit Rachmaninov à autoriser qu'on indique sur la partition publiée la possibilité d'omettre les variations 11, 12 et 19, au choix. À vrai dire il lui arrivait même, en concert, de renoncer arbitrairement à un certain nombre de variations lorsqu'il entendait le public tousser, tellement il craignait d'ennuyer son auditoire.

Simon Clarke, Mars 2006 Traduction Joël Surleau

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Transcription de la Partita N° 3 en mi majeur pour violon seul BWV 1006 de J. S. Bach
1 - Preludio [3’41]
2 - Gavotte [3’28]
3 - Gigue [1’52]

Moments Musicaux, opus 16
4 - I Andantino [8’39]

5 - II Allegretto [3’57]
6 - III Andante Cantabile [5’15]

7 - IV Presto [3’43]
8 - V Adagio sostenuto [4’38]
9 - VI Maestoso [5’52]

10 - 'Lullaby' -
Transcription de 'Lullaby' de Tchaikovsky, N°1 des 'Six Songs', opus 16 [3’15]
11 - 'Lilacs' - Transcription de N°5 des 'Twelve Songs', opus 2 [6’07]
12 -
Variations sur un thème de Corelli, opus 42 [19’52]

Total CD = 70’26